Je poursuis le challenge Sandienne débutante commencé l’an dernier avec les livres de George(s). Super, elle vient de décider de poursuivre avec des articles plus fréquents sur cet auteur quasi disparue des manuels scolaires.

Je ne connaissais pas ce recueil, abandonné dans une petite bibliothèque de province, préfacé par Christiane SAND, (edit : arrière) petite fille de l’auteur. Petit livre joliment illustré, rapide à lire en une petite soirée de vacances. Il s’agit des correspondances de 12 voyages effectués de Juillet 1857 – Avril 1864, lettres souvent destinées à son fils Maurice SAND alors âgé d’environ 34 ans.

Comme à son habitude, George SAND nous décrit les itinéraires divers et variés de ses multiples promenades, et les améliorations apportées sur les routes entre Nohant (sa demeure familiale) et le village de Gargillesse. L’écrivain évoque aussi les bienfaits des eaux de la Creuse pour sa santé, bien meilleure que celles de Vichy et surtout moins onéreuses. Cette demeure achetée par son ami Manceau est modeste, mais bien aménagée pour l’époque. A partir de 1860, certaines ratures apparaissent dans les écrits, voulant à une époque occulter son malaise à Gargillesse.

Durant les premiers mois, George Sand constate que les lieux facilitent son enthousiasme à produire. Elle y écrit par exemple du 3 mai au 29 mai 1858 : Elle et Lui (dont le titre provisoire était Thérèse),  soit 620 pages en 25 jours. - Page 67, en 1859, elle lit Daniel (je ne connais pas, qui peut me donner des indications ?

Nous découvrons les loisirs de George SAND et des multiples visiteurs en villégiature dans le secteur, loin des fastes de la vie parisienne : ménage, déjeuner de produits du terroir (omelette aux écrevisses, vandaises …), lecture, écriture et jouer à l’incontournable bésigue (qui connait les règles du jeu ?). Comme de coutume, nous apprenons beaucoup en botanique, en géologie, au fil des saisons avec George SAND. Manceau collectionne les papillons, tous les enfants du bourg sont à la recherche des chrysalides.

P 48 Extrait de Gargillesse

Cette vie de village, pêle-mêle avec la véritable rusticité me parait beaucoup plus normale que la vie de château qui est compliquée pour moi. N’avoir à s’occuper de rien au monde en fait de choses matérielles m’a toujours paru un idéal et je trouve cet idéal dans ma chambrette où il y a tout juste la place de dormir, de se laver et d’écrire. D’une fenêtre grande comme un des carreaux des croisées de Nohant, je contemple de mon lit et de ma petite table de travail une vue qui n’est une vue.  C’est un fouillis d’arbres, de buissons er de toits de tuiles noires au-dessus duquel monte un horizon de rochers couronné d’un bois très ancien. C’est là que se couche la lune au-dessus de la Creuse, trop encaissée pour que je la voie, mais qui chante toute la nuit comme un vrai torrent guilleret. La maisonnette composée de deux chambres excessivement propres, lits de fer,  chaises de paille, tables de bois blanc, est soudée à d’autres maisons pareilles mais moins propres, habitées par le paysans de l’endroit, très aimables, obligeants, pas du tout flatteurs ni mendiants. D’ailleurs, je ne suis pas pour eux une châtelaine mais une auvergnate, ni homme, ni femme, c'est-à-dire une étrangère qui n’est pas du bourg, mais qui s’y plait tout de même. Cà les étonne un peu, et puis l’amour-propre de clocher aidant, après s’être figuré d’abord que j’étais folle d’aimer leurs rochers, les voilà qui s’imaginent sans effort qu’il ni a rien de plus beau sous le ciel que leur paroisse, leurs chemins (note qu’il n’y en a pas, et qu’il faut y arriver à pied par tous les temps), leurs cochons, leurs arbres et leurs maisons qui sont toutes très pittoresques, il faut en convenir. Mais ils ne comprennent pas sous quel rapport je les trouve jolies, ils commencent à croire que  Paris est un ramassis de toits à porcs et que le seul endroit du monde où l’homme soit bien logé est à Gargillesse.